Les opportunités sur la dette émergente conditionnées par l’évolution du contexte local (Archiv )

Q : La dette émergente va-t-elle offrir un quelconque attrait en 2014 après les ventes massives observées en 2013 ?

Les revenus sont indispensables aux investisseurs qui cherchent à se diversifier en dehors de leurs sources traditionnelles que sont les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Europe et peuvent donc être tentés par les marchés émergents. Ces derniers possèdent de nombreux atouts mais les investisseurs souhaitent également minimiser leur exposition à des risques de baisse potentiellement dangereux.

La volatilité n’a pas épargné 2013 et elle continue d’être redoutée pour l’année à venir, surtout si l’on anticipe les effets éventuels du ralentissement des mesures de soutien par la Réserve fédérale américaine.

De notre point de vue, les investisseurs sont peut-être un peu plus inquiets que nécessaire à propos des marchés émergents. Nous ne croyons pas en une reprise spectaculaire mais, a contrario, au vu des statistiques, celle-ci ne devrait pas non plus être particulièrement timide. Sur le plan local, les économies pourraient basculer dans un sens ou dans l’autre, ce qui pourrait pénaliser la classe d’actifs dans son ensemble, dans la mesure où la ligne de démarcation reste ténue.

Toute la question est alors de savoir où rechercher de la valeur. Cela peut être une combinaison hétérogène d’éléments tels que la duration, les taux et les devises. Ces dernières années, compte tenu des pressions qui s’exerçaient sur les spreads de crédit des marchés émergents, les investisseurs se contentaient d’acheter de la dette. Il convient de garder à l’esprit que les marchés émergents sont composés de plus de 70 pays, au profil et à l’environnement très variés : l’évolution des conditions locales sera donc déterminante. Ainsi par exemple, en Asie, nous estimons que les taux pourraient reprendre un peu de vigueur, tandis qu’il pourrait y avoir quelques améliorations dans les pays d’Europe centrale. En revanche, l’Amérique latine devra quant à elle faire face à de nombreux défis.

Q : Quels seront les moteurs de performance pour la dette émergente, en dehors de la politique monétaire de la Fed ?

Le défi principal pour les marchés émergents sera peut-être le calendrier électoral chargé de cette année, des scrutins devant se tenir dans plusieurs pays majeurs. Les différents gouvernements abordent ces échéances diversement : certains, par exemple, ont tendance à augmenter sensiblement leurs dépenses avant les élections. Nous devons analyser scrupuleusement chacun des pays concernés et comprendre comment ils se comportent face à des situations spécifiques. Les élections sont le principal enjeu, mais d’autres questions politiques relatives, par exemple, aux matières premières sont à prendre en compte également.

Le coût du financement à travers le monde doit également être suivi de près. Le maintien des politiques monétaires accommodantes en Europe et en Asie pourraient favoriser les actifs risqués en général, dont la dette émergente.

Q : Prévoyez-vous de rester à l’écart des pays présentant des échéances électorales l’an prochain?

Si nous avons le sentiment que le processus électoral pourrait être source de problèmes, nous devrons garder ceci à l’esprit. Par exemple, avant les élections, les équipes gouvernementales ont tendance à augmentent leurs dépenses, ce qui peut générer de l’inflation et provoquer d’autres effets secondaires indésirables.

Au Brésil, où des élections présidentielles doivent se tenir en septembre 2014, la répartition des richesses parmi la population est inégale. L’émergence d’une classe moyenne a certes pu être observée, mais celle-ci est bien malmenée, générant des manifestations à travers le pays. La population constate que des dépenses considérables sont consacrées à des événements, tels que la Coupe du monde ou les Jeux olympiques, alors que trop peu de moyens sont mis en œuvre pour améliorer, par exemple, le coût et la qualité des transports en commun, ce qui peut être le déclencheur de mouvements de protestation.

Pendant longtemps, le Brésil a été considéré dans la région comme un exemple de bon élève en matière de politique gouvernementale, mais dernièrement les lignes sont devenues plus floues. La politique de la banque centrale est plus confuse, les chiffres du PIB ont fortement déçu et la hausse de l’inflation associée à une croissance ralentie a aggravé le mécontentement des travailleurs étranglés de tous côtés. Parallèlement, le Mexique a laissé sa monnaie s’affaiblir et se retrouve par conséquent dans une position plus favorable.

Je pense que tous les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) doivent faire face à des défis spécifiques. Or, nous anticipons les meilleures opportunités de croissance structurelle dans le groupe des pays émergents qui emboîtent immédiatement le pas aux BRIC, en termes de taille.

Q : Quels autres risques politiques pourraient présenter une menace ?

Je pense que nous devrions surveiller de près le Moyen-Orient. La détente entre l’Iran et les États-Unis constitue certes un signe encourageant, mais les risques d’embrasement subsistent. En Chine, le nouveau régime semble stable pour le moment et il est intéressant de noter qu’il a officiellement limogé et poursuivi en justice des membres du gouvernement soupçonnés de corruption. En Afrique, certains pays méritent d’être suivis de près. En Amérique latine, de récents sondages menés auprès de la population argentine laissent présager d’une transition politique réussie. Il sera intéressant d’observer le nombre des partisans de l’actuel président qui retourneront leur veste.

Une question essentielle pour les marchés obligataires est liée à l’émission par certains pays de titres très bon marché au cours de l’année qui vient de s’écouler. Dès lors, que va-t-il se passer si les taux d’intérêt grimpent en 2014 ? Les pays qui adoptent des mesures protectionnistes sont à surveiller de près, car ils risquent de creuser les disparités régionales.

Certains pays des marchés « frontières » qui ont emprunté des montants importants de capitaux pourraient connaître des difficultés. Des pays d’Amérique centrale, par exemple, ont emprunté en dollars mais perçoivent des revenus en monnaie locale. Quelles seront les conséquences si ces devises étaient victimes de ventes massives ? En outre, si ces pays empruntaient pour financer des projets d’infrastructures, cela ne poserait pas de problème, mais nombre d’entre eux empruntent sur les marchés financiers simplement parce que la possibilité leur en est offerte. Seront-ils toujours en mesure de rembourser ces crédits ?

À l’exception des risques évoqués, rien d’autre ne parait immédiatement évident, même s’il est toujours possible que quelque chose d’inattendu nous tombe du ciel.

Q : Où voyez-vous les meilleures opportunités, dans la dette émergente libellée en USD ou dans les émissions en devise locale ?

Pour chaque pays, nous recherchons le meilleur couple rendement/risque : émissions en devise locale ou en monnaie étrangère ? À mon avis, les obligations d’entreprise libellées en USD offrent de la valeur. En revanche, concernant les émissions en devise locale, la situation est beaucoup plus contrastée, certaines devises étant plus fragiles que d’autres.

Cependant, nous ne mettons pas de barrière : nos portefeuilles adoptent une démarche mixte, en cherchant à identifier la sous-classe d’actifs qui offre selon nous le meilleur potentiel.

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