Éviter les retombées politiques

Les élections de mi-mandat aux États-Unis, le Mouvement Cinq Étoiles en Italie et le Brexit pourraient amplifier le risque géopolitique durant l’année à venir. Les investisseurs sous-estiment-ils l’impact que ces événements pourraient avoir sur les marchés ? Sinead Colton, de Mellon Capital*, tente de répondre à cette question.

Istock 148058045 764X506

Alors que l’année 2018 présage d’une incertitude politique accrue, la grande question est de savoir si les marchés peuvent se permettre de continuer à ignorer ces risques.

Du climat pesant des élections en France et aux Pays-Bas à l’escalade des tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord, les réactions aux défis géopolitiques de 2017 ont été vives, mais de courte durée.

Il semblerait que les investisseurs aient préféré ignorer le contexte politique pour se concentrer sur l’amélioration des fondamentaux économiques. Les actions internationales ont ainsi poursuivi leur progression sans ciller, les investisseurs faisant majoritairement fi des menaces existantes, en prenant des risques qu’ils n’auraient même pas envisagés il y a deux ou trois ans.

Cet environnement a engendré un dangereux climat de complaisance qui ne saurait durer. À court terme, il est compréhensible que les investisseurs réagissent à des données encourageantes en ignorant les tensions politiques. Toutefois, les menaces géopolitiques et leurs conséquences potentielles sur l’économie induiront inévitablement une réévaluation du risque sur le long terme. Les investisseurs qui ont décidé de fermer les yeux sur les menaces géopolitiques pourraient bien connaître un réveil difficile.

Où est passée la volatilité ?

Malgré l’envolée des tensions politiques, la volatilité est restée confinée à des niveaux très bas, reflétant l’espoir de voir les actions poursuivre leur hausse en dépit des menaces. L’indice de volatilité du S&P 500, a en grande partie passé l’année 2017 à un niveau nettement inférieur à sa moyenne historique, située aux alentours de 20.1 Pouvons-nous envisager des niveaux aussi bas pour 2018 ?

Compte tenu des bonnes performances des actions et du stade actuel du cycle économique, ces niveaux ne sont pas surprenants. Les données macroéconomiques n’ont certes pas été fabuleuses, mais elles ont souligné de manière constante, au sein de la plupart des marchés développés, la poursuite d’une expansion modérée associée à une inflation maîtrisée.

Éviter Les Retombées Politiques T6399 A Sea Of Tran 764X334 V2 01

La volatilité a également été atténuée par la croissance des fonds passifs, qui traitent principalement sur les indices et orientent les investisseurs de façon uniforme vers les mêmes sociétés. Les réglementations introduites suite à la crise financière ont eu un effet similaire.

La règle Volcker aux États-Unis a conduit à une forte baisse des volumes d’actions détenus par les intervenants de Wall Street. L’introduction de cette règle, combinée à d’autres réglementations comme les exigences de fonds propres des accords de Bâle III ainsi que les règles de solvabilité de l’Union européenne, a entraîné une réduction des flux et de la volatilité, non seulement sur le S&P 500 mais aussi sur l’ensemble des marchés.

Aux États-Unis, l’estimation du risque est aujourd’hui proche de ses plus bas niveaux historiques, alors que la valorisation des actions se situe à un point haut record. À titre d’illustration, le ratio de Sharpe des marchés d’actions internationales (performance moins liquidités divisé par le risque réalisé) atteint 1,1 sur les cinq dernières années, contre une anticipation à long terme proche de 0,2-0,3. Aucun investisseur ne devrait se sentir complètement à l’aise dans cet environnement propice à des événements potentiellement générateurs de risque. La volatilité est artificiellement basse et devra, tôt ou tard, revenir à des niveaux plus normaux.

Quels risques politiques les investisseurs doivent-ils craindre au cours des 12-18 mois à venir ?

Les élections de mi-mandat

Le résultat des élections de mi-mandat, qui se tiendront aux États-Unis en 2018, sera déterminant pour la capacité de l’administration Trump à faire adopter ses projets de loi.

Au Sénat, 33 sièges seront renouvelés, et 435 sièges de la Chambre des représentants seront remis en jeu. Si les Démocrates gagnent 24 sièges durant ces élections, ils prendront alors le contrôle de la Chambre. Même des gains plus modestes suffiraient à entraver l’agenda législatif du président Trump dès la fin de 2018.2

Les élections de mi-mandat pourraient toutefois avoir un impact positif sur les marchés en amont du vote. La perspective de ces élections pourrait en effet encourager l’administration Trump à essayer de faire passer le plus de lois possible avant l’échéance, notamment celles concernant les dépenses d’infrastructure et la réforme fiscale.

Suite à l’accord budgétaire conclu au Sénat, l’administration Trump a déjà fait un pas vers l’implémentation de nouveaux allègements fiscaux qui augmenterait le déficit budgétaire de 1 500 mds USD sur 10 ans.

Tout allègement fiscal au profit des entreprises aurait un effet positif pour la croissance américaine, puisqu’il impacterait instantanément les prévisions de résultats et les ratios anticipés. Dans l’intervalle, il reste impossible de prévoir comment les différents secteurs du marché seront affectés. Cela dit, les entreprises de plus petite taille opérant principalement sur le marché domestique américain payent généralement plus d’impôts et sont donc plus susceptibles de bénéficier de telles mesures que les multinationales.

Le forfait comprend également une forme de congé fiscal de rapatriement pour les multinationales américaines. La proposition actuelle consiste à taxer les revenus intangibles à l'étranger à un taux inférieur, et crée un moyen pour les entreprises de ramener leur propriété intellectuelle aux États-Unis en fait un taux d'imposition des sociétés inférieur aux États-Unis. Le dernier moratoire de ce type, le Homeland Investment Act de 2004, a été introduit afin que l’argent ainsi rapatrié aux États-Unis soit réinvesti dans l’investissement et l’emploi.

Dans les faits, les résultats n’ont guère été concluants. Des études suggèrent que le rapatriement n’a eu d’impact ni sur l’investissement domestique, ni sur l’emploi, ni même sur les investissements en recherche et développement. Cet argent a principalement servi à augmenter les dividendes et les salaires des dirigeants.3 Les effets sur l’économie d’un autre moratoire dépendront donc de la manière dont les bénéfices rapatriés sont dépensés.

L’impact d’allègements fiscaux accordés aux particuliers semble plus prévisible. La faible croissance des salaires a été l’un des thèmes majeurs de la convalescence de l’économie américaine après la crise financière. En supposant qu’ils ne soient pas contrebalancés par la suppression de déductions fiscales aux niveaux fédéral et local, ces allègements devraient être positifs pour l’ensemble des actions américaines, puisqu’ils équivaudraient à une hausse de salaire pour des millions d’Américains. Un allègement fiscal pour les particuliers contribuerait à renforcer le dollar et pourrait doper le rendement des bons du Trésor américain.

Contrecoup populiste

L’Europe donne l’impression d’avoir passé un cap. Les élections en 2017 n’ont pas donné corps aux craintes déstabilisantes héritées du vote sur le Brexit de 2016. Les populistes eurosceptiques ont été battus en France comme aux Pays-Bas. En Allemagne, Angela Merkel s’est maintenue au pouvoir, même si elle y apparaît affaiblie.

En Italie, le mouvement populiste Cinq Étoiles continue cependant de faire peser un risque sur les prochaines élections. Les élections législatives sont prévues pour mai 2018. Compte tenu de la faible croissance en Italie depuis la crise, des désillusions économiques et de la colère accumulée envers le secteur financier, le parti anti-élites pourrait réaliser un gros score. Un tel résultat raviverait les tensions au sein de la zone euro et dans l’Union européenne. Luigi Di Maio, le candidat du Mouvement Cinq Étoiles, a proposé un référendum sur le maintien de l’Italie dans la zone.4

Les élections italiennes ne constituent pas la seule menace à la stabilité de l’Europe en 2018. La crise constitutionnelle causée cette année par le vote pour l’indépendance « illégitime » de la Catalogne devrait perdurer. Une indépendance de la Catalogne pourrait entraîner des demandes séparatistes similaires de la part d’autres régions d’Europe, comme le Pays basque, ou la Lombardie et la Vénétie dans le nord de l’Italie. Au vu des turbulences qui en découleraient, des négociations prolongées sont plus probables qu’un nouveau découpage territorial de l’Espagne. Rien ne garantit cependant une issue stable à ce problème, qui mérite d’être suivi de près.

Il convient également de rester attentif aux négociations entourant le Brexit. Si le processus risque d’être lent, son impact potentiel sur la croissance sera plus clair à mesure que la date de sortie  approchera. La hausse de l’inflation, principalement due à la faiblesse de la livre sterling suite au vote, ainsi que la faible croissance des salaires, sont déjà source d’inquiétudes.

Faire face à l’imprévu

Bien entendu, en raison de la nature même du risque politique, des événements inattendus pourraient survenir à tout moment et impacter le prix des actifs.

Quels que soient ces risques, ils pourraient se manifester alors même que plusieurs banques centrales de pays développés réduisent l’envergure de leurs politiques de QE. L’impact que ce changement de direction aura sur les marchés est difficile à prévoir : ces politiques, mises en place suite à la crise financière, figurent en effet parmi les décisions les plus expérimentales jamais introduites par des banques centrales.

Soulignons à nouveau que le plus grand danger serait une attitude complaisante à l’égard du risque. La diminution des bilans des banques centrales et la réduction des mesures de QE sont évoquées depuis si longtemps que les investisseurs semblent sceptiques face au potentiel déstabilisateur de ces évolutions. Si une telle déstabilisation venait à se cristalliser simultanément à l’occurrence d’un événement géopolitique majeur, cette complaisance pourrait se trouver sévèrement punie.

À suivre

  • Réactions aux risques géopolitiqueseactions to geopolitical risks
  • Élections de mi-mandat aux États-UnisUS midterm elections in the US
  • Séparatisme catalan ; Élections en Italie

* Les gestionnaires sont désignés par BNY Mellon Investment Management EMEA Limited (« BNYMIM EMEA ») ou les sociétés de gestion de fonds affiliées afin d'assurer l'activité de gestion de portefeuille au titre des contrats portant sur les produits et services souscrits par les clients auprès de BNYMIM EMEA ou des fonds BNY Mellon.

1. Business Insider: ‘The VIX is flirting with its lowest close on record’ (Le VIX proche de ses plus bas niveaux historiques en clôture), 25 juillet 2017.
2. CNBC:‘ Despite Trump's low ratings, midterm election map still favors Republicans — for now’ (En dépit de la faible popularité du président D. Trump, le prognistic des élections de mi-mandat reste en faveur des républicains… pour l’instant), 8 août 2017.
3. Dharmapala, Foley, Forbes:‘ Watch What I Do, Not What I Say: The Unintended Consequences of the Homeland Investment Act' (Regardez ce que je fais et non ce que je dis : les conséquences involontaires du Homeland Investment Act), avril 2010.
4. Bloomberg:‘ Political Risk Makes a Comeback in Europe’ (Le retour du risque politique en Europe), 2 octobre 2017.

Le contenu ne représente pas une recommandation d'investissement. Informations Importantes