Une prise de relais (Archived)

La conjonction d’une réglementation plus stricte et d’un historique de créances douteuses assèche l’offre de prêts bancaires. Selon Paul Hatfield d’Alcentra, cet environnement offre à d’autres acteurs non bancaires l’opportunité de pénétrer le marché.

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L’un des nombreux héritages de la crise financière mondiale est son impact sur l’offre de crédit. Depuis 2007, les banques centrales du monde entier ont maintenu les taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas, tout en expérimentant des politiques monétaires extrêmement accommodantes. Parallèlement, afin de consolider le système bancaire, les régulateurs ont renforcé la réglementation sur les prêts, alors même qu’ils exigeaient des niveaux d’adéquation des fonds propres toujours plus élevés.

Il en résulte un double effet. D’une part, les banques sont soumises à une pression sans précédent pour réduire leur portefeuille de prêts existants, notamment lorsque l’emprunteur ne semble pas en mesure de les rembourser. D’autre part, elles se retirent du marché, provoquant un recul de l’offre de crédit.

Concernant le premier point, Pricewaterhouse Coopers (PWC) estime à environ 2 300 mds EUR le montant des actifs non essentiels figurant au bilan des banques (presque équivalent au PIB de la France). Près de la moitié de ces actifs pourraient ne jamais être remboursés.1

Selon Paul Hatfield, co-CIO Monde d’Alcentra, le résultat est frappant. « Il s’agit actuellement d’une question clé pour les prêteurs. Les régulateurs imposent des règles nettement plus strictes (mais les banques souffrent également de la mauvaise qualité des prêts accordés dans le passé), notamment dans le crédit immobilier et le crédit aux entreprises. Nous pensons que les bilans des banques de la zone euro, et plus précisément les ratios des créances douteuses sur le volume global de prêts, ont atteint des niveaux insoutenables. »

« Confrontées à un véritable casse-tête, les banques ont cherché une issue en se délestant de leurs activités non stratégiques, en réduisant leurs coûts et, dans la mesure du possible, en procédant à des augmentations de capital afin de renforcer leur situation financière. Les nouvelles réglementations bancaires européennes contraignent également les banques à nettoyer leurs bilans. Elles les dissuadent, notamment, de prêter aux petites et moyennes entreprises. »

Selon Paul Hatfield, la question du rendement fait partie du problème. En maintenant les taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas, les banques centrales ont involontairement poussé les investisseurs à prendre des risques de plus en plus importants. Afin d’obtenir le niveau de performance recherché, les investisseurs ont accepté des crédits autrefois jugés trop risqués ou trop illiquides. « En conséquence, de nombreuses entreprises très peu attrayantes ont pu se financer sur des segments tels que celui des obligations high yield en Europe. »

Avec l’arrivée prochaine des exigences de fonds propres liées à Bâle III, les banques sont maintenant confrontées à la dégradation des revenus de ces actifs, ce qui les incite à réduire leurs portefeuilles de prêts. Comme l’explique Paul Hatfield, les prêts dont les banques se débarrassent sont cédés, en outre, avec une décote substantielle par rapport à leur valeur initiale : « Alors que les investisseurs sont avides de performances plus élevées, cette situation peut offrir à d’autres prêteurs l’opportunité de prendre le relais des banques qui ont déserté le marché. Il existe également des opportunités de racheter les créances douteuses auparavant accordées par les banques à des prix significativement inférieurs à leur valeur nominale. »

Ici, dit-il, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne ont finalisé 199 transactions de dette privée en 2016, contre 119 en 2013.

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La vigueur de la croissance mondiale, notamment en Europe et aux États-Unis, soutient la demande. Paul Hatfield note que les petites et moyennes entreprises sont prêtes à tirer parti de la croissance économique, tout comme les sociétés de private equity cherchant à lever des fonds pour financer des acquisitions. Même si cela entraîne une compétition accrue entre les nouveaux venus sur le marché du direct lending, le flux d’opportunités « reste important » selon Paul Hatfield, permettant aux gérants bien établis « de se montrer plus sélectifs et affûtés dans leurs investissements. »

1. PwC Portfolio Advisory Group: ‘Capitalising on the Acceleration in the Bank Restructuring’ (Capitaliser sur l’accélération de la restructuration bancaire), 2016

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