Réforme le Mexique garde le cap (Archiv )

Sophia Whitbread, Newton Investment Management

Réforme le Mexique garde le cap

Lorsque les investisseurs du monde développé pensent au Mexique, la crise « Tequila » de 1994 a généralement tendance à leur sauter à l’esprit. A l’époque, le peso mexicain avait dévissé de près de 50% face au dollar américain en moins de six mois, déclenchant une vive hausse du poids de la dette en devise locale déjà significative du pays, elle-même libellée en USD, et plongeant le pays dans une profonde récession. Selon Sophia Whitbread, « près de 20 ans après, la crise qui n’est plus qu’un lointain souvenir a néanmoins laissé des traces. Par exemple, le secteur financier mexicain présente peu de similitudes avec ceux des autres pays de la région. En effet, la dette du secteur privé en pourcentage du PIB s’élève à environ 28% (contre plus de 65% au Brésil)1. Le Mexique n’a pas connu la même envolée du crédit à la consommation visible dans d’autres marchés émergents. Aussi, il existe encore un fort potentiel de croissance dans ce secteur.

En outre, il n’existe pas de banques étatiques mexicaines (à titre de comparaison, près de la moitié des prêts russes sont octroyés par des banques d’Etat). Dès lors, le risque d’interventionnisme gouvernemental dans le secteur financier reste relativement limité. Alors que le pays est perçu comme un éternel mauvais élève, force est de constater qu’il affiche actuellement une santé financière remarquable ».

« Nous sommes optimistes à l’égard du Mexique, en raison des fondamentaux robustes de l’économie domestique et des perspectives liées aux réformes de fond en cours au sein des secteurs du pétrole, du gaz et de l’électricité, qui devraient contribuer à augmenter les flux d’investissement direct étranger. Les perspectives à long terme sont positives. En effet, le programme de réforme devrait renforcer les taux de croissance à long terme, en particulier les réformes de l’énergie et de la fiscalité. Les balances extérieure et budgétaire du pays sont nettement excédentaires, tandis que l’inflation sous-jacente reste faible. Le crédit devrait enregistrer une forte croissance depuis des taux de pénétration actuellement très bas. Il existe dès lors de nombreuses raisons d’être optimistes à l’égard des opportunités d’investissement au Mexique. »

Des douleurs de croissance

Cependant, à l’instar de la grande majorité du monde émergent, l’environnement politique constitue un frein persistant. La proposition de réforme énergétique du gouvernement en constitue un parfait exemple. L’été dernier, le président Enrique Peña Nieto a annoncé un projet de refonte en profondeur du secteur de l’énergie visant à remettre en cause le monopole de Pemex, vieux de plus de 76 ans. D’après Sophia Whitbread, « ce projet permettrait à des géants internationaux du secteur pétrolier d’investir au Mexique. Pemex est perçu comme hautement inefficient et emploierait trois fois plus de salariés que nécessaire. La réforme et la restructuration de l’entreprise aurait des retombées majeures sur l’ensemble de l’économie, dans la mesure où une partie significative du PIB mexicain provient de Pemex ». En effet, Pedro Joaquin Coldwell, ministre mexicain de l’énergie, a laissé entendre que la réforme du secteur se traduirait par une hausse de 1% de la croissance annuelle du PIB durant le mandat du gouvernement actuel, et de 2% au cours du prochain mandat.

Cependant, vers la fin du mois d’avril et quelques jours avant que la réforme ne soit présentée au Congrès mexicain, le gouvernement a annoncé que des retards avaient été pris dans la finalisation du contenu de la réforme, repoussant sa validation au mois de septembre, lorsque le Congrès (en vacances parlementaires depuis fin avril) se réunirait de nouveau. Il est possible que la réforme de l’énergie soit présentée d’ici là, à l’occasion de sessions législatives spéciales, mais le temps ne joue pas en faveur d’une telle option. « Il s’agit naturellement d’un camouflet pour le gouvernement, mais il convient de garder à l’esprit l’impact qu’une telle réforme aura à terme. Elle devrait permettre au Mexique d’ouvrir tout le potentiel du secteur et le gouvernement n’a pas ménagé ses efforts sur le front politique pour garantir son succès ».

Entre deux fils

Le projet de réforme du gouvernement dans le secteur des télécoms a également rencontré certaines difficultés. « Le point saillant de la réforme des télécoms tient à la mise en place d’une nouvelle autorité de régulation du secteur », précise Sophia Whitbread. « La réforme sonne le glas de l’ancienne autorité de contrôle, Cofetel, et la remplace par Ifetel, un régulateur dont l’indépendance est constitutionnellement garantie. Ce cadre institutionnel devrait permettre à l’autorité de contrôle d’assurer l’environnement concurrentiel, d’accroître l’accès aux services et d’améliorer la qualité des services. La loi fait mention des différents outils que le régulateur aura à sa disposition pour atteindre ces objectifs, notamment le dégroupage, le contrôle des allocations de spectre et l’asymétrie des tarifs ». Or, les opposants à la réforme arguent du risque que la police et les autorités seront en mesure de surveiller le flux de données sur internet, de restreindre l’accès en cas de soulèvement populaire et d’imposer une censure généralisée. Ces craintes ont été prises en considération et un amendement a été présenté devant le Sénat.

La réforme de l’emploi a été l’un des premiers chevaux de bataille repris par le président élu fin 2012, après que l’administration sortante de Felipe Calderón ait ouvert la voie en la matière. Selon Sophia Whitbread, « le cadre juridique du marché de l’emploi est historiquement très rigide au Mexique. Il existe dans le pays une culture traditionnelle « d’emploi à vie » qui complique fortement le licenciement et n’incite pas les entreprises à embaucher. Le marché du travail au noir, ou du travail dissimulé, s’est significativement développé. Or, les salariés non déclarés y sont plus difficilement taxables. Les réformes visent à accroître la flexibilité des entreprises en matière d’embauche et de licenciement, et le gouvernement a fortement réduit le pouvoir des syndicats, faisant de la lutte contre la corruption une priorité. »

En outre, la réforme de la fiscalité au Mexique est également en cours. Les taux d’imposition sont actuellement très faibles au Mexique par rapport à d’autres marchés. D’après l’OCDE, ils ne représenteraient que 20% du PIB en 2012. À titre de comparaison, les recettes fiscales s’élèvent à 36% du PIB au Brésil, et la moyenne des pays de l’OCDE est de 35%. Il en résulte que le succès des réformes en cours passera nécessairement par une hausse des recettes fiscales. Par exemple, une nouvelle taxe sur les boissons sucrées (d’un peso mexicain par litre) a été introduite en octobre 2013 qui vise à renflouer les coffres du Trésor et réduire l’impact financier des maladies liées à l’obésité. »

Sur la bonne voie

Le Mexique est l’un des pays émergents qui devraient bénéficier d’une dynamique démographique favorable. Au cours des soixante dernières années, la population du Mexique a été multipliée par quatre, pour atteindre près de 120 millions de personnes. « Durant cette période, le ratio de dépendance a chuté grâce à la baisse du nombre de personnes âgées en haut de la pyramide démographique, avec l’augmentation du nombre de jeunes. En outre, la baisse progressive du taux de fertilité a réduit le nombre d’enfants en bas âge gardés à domicile. Ce phénomène s’est traduit par une augmentation des revenus disponibles alloués à la consommation et a également contribué à améliorer l’accès à une éduction de qualité, ce qui devrait soutenir la hausse de productivité du Mexique ».

« Grâce à la refonte des secteurs de l’énergie et des télécoms, ainsi que le cadre réglementaire plus progressiste en matière de fiscalité et de droit du travail, le pays est en passe de devenir le champion de l’Amérique latine, » conclut Sophia Whitbread. L’avenir semble effectivement radieux.

1. Banque Mondiale, avril 2014

Dies stellt keine Anlageberatung dar. Aufsichtsrechtliche Hinweise