L’agenda électoral sur le devant de la scène (Archivé)

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En dehors des annonces, qu'allez-vous surveiller de près en 2014 ?

Sophia Whitbread : Les élections. De nombreux scrutins déterminants vont avoir lieu, notamment en Turquie, au Brésil, en Inde et en Afrique du Sud. Même lorsque les changements politiques peuvent être globalement considérés comme positifs, il faut garder à l’esprit que toute réforme engagée dans un pays émergent peut avoir un effet à double tranchant.

Nous allons également suivre avec attention d’autres événements, comme les Jeux olympiques d’hiver (en février prochain, à Sotchi, en Russie) et la Coupe du monde (au mois de juin, au Brésil). De tels événements d’envergure internationale offrent une tribune idéale aux mouvements de contestation politiques ou sociaux dans leurs efforts pour capter l’attention de l’opinion publique.

Caroline Keen : Nous continuerons à suivre de très près la situation en Chine. Même si ce pays a fait preuve d’une relative résistance au second semestre 2013, il demeure pour nous un sujet de préoccupation ; son ratio d’endettement, de plus de 200 %du PIB, est un souci majeur (source : CLSA octobre 2013). Le gouvernement semble fermement attaché au processus de réforme engagé et son plan de lutte contre la surcapacité de production de certains secteurs ralentira inévitablement la croissance.

Le marché immobilier reste un facteur-clé en Chine. L’essentiel de la dette des collectivités locales ou des entreprises est adossé à des actifs immobiliers ; aussi, toute baisse des prix dans ce secteur entraînera une hausse importante des ratios dette/actifs. Enfin, nous estimons que le niveau de levier élevé au sein du système et l’inter-connectivité de l’économie chinoise représentent un défi pour la croissance future du pays.

Quel scrutin retiendra votre intérêt ?

Sophia Whitbread : Les élections au Brésil (qui se tiendront au second semestre de l’année) méritent plus particulièrement notre attention. En effet, le secteur public brésilien est très conséquent et le cadre réglementaire est ultra-bureaucratique ; aussi, un changement de direction à la tête du pays pourrait avoir d’importantes retombées sur de nombreux secteurs et sur le climat des affaires au Brésil. Il se pourrait toutefois que rien ne change. L’actuelle présidente, Dilma Rousseff, devrait remporter la victoire, mais le scrutin pourrait être plus serré que prévu suite à l’alliance conclue par deux candidats de l’opposition en octobre 2013.

Caroline Keen : Des élections sont prévues en Inde au printemps 2014, même si la véritable question est de savoir si celles-ci auront un effet significatif à court terme sur la croissance économique. L’actuel gouvernement n’a pas fait preuve de fermeté pour adopter ou mettre en place les réformes économiques indispensables pour accompagner la croissance. De ce fait, l’Inde souffre de l’insuffisance de ses infrastructures, d’une inflation élevée, du ralentissement de sa croissance et de la faiblesse de sa monnaie. 

À travers tous les pays émergents s’élève une clameur familière qui exhorte au changement ; ce mouvement pourrait-il affecter les stratégies d’investissement en 2014 ?

Sophia Whitbread : De nombreux régimes considérés comme forts ont été affaiblis par le développement d’internet qui permet à l’opinion publique de mieux faire entendre sa voix. Selon nous, sur le long terme, cette évolution devrait inciter les gouvernements à se comporter de manière plus démocratique. Au final, les conséquences seront favorables aux investisseurs, mais dans l’intervalle une période d’ajustement douloureuse sera souvent inéluctable.

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Caroline Keen : À divers degrés, les marchés asiatiques se sont toujours distingués par leur instabilité politique et ce facteur doit être pris en compte par les investisseurs. Au cours de son histoire récente, la Thaïlande a aussi eu sa part de troubles politiques avec, en particulier, le coup d’État qui a évincé du pouvoir le Premier ministre Thaksin en septembre 2006. Pourtant, le marché d’actions thaïlandais s’est révélé plus performant que le marché mondial sur de nombreux plans. Nous avons bien conscience que la politique exerce une influence toujours plus prégnante sur les performances économiques et pourrait représenter un risque majeur dans un contexte où les gouvernements à travers le monde expérimentent des politiques non conventionnelles.

L’investissement étranger a été pour ces marchés un facteur de volatilité majeur, cela risque-t-il de perdurer ?

Sophia Whitbread : Oui, mais la situation doit être analysée pays par pays. Les capitaux sont par nature très fluides mais certains pays émergents ont des marchés financiers moins profonds que d’autres et pour cette raison, les mouvements de capitaux, quel que soit leur sens, peuvent y avoir des effets plus prononcés. Les économies qui affichent un déficit important de leur balance courante, telles que la Turquie et l’Indonésie, sont plus dépendantes des flux d’investissement extérieurs que d’autres.

Quelles sont les perspectives pour les dividendes en 2014 ?

Sophia Whitbread : L’augmentation des dividendes sur les marchés émergents provient de la croissance des bénéfices et non d’une extension des taux de distribution. À l’instar de l’Asie, les taux de distribution ont affiché une stabilité remarquable sur l’ensemble des marchés émergents et témoignent de la volonté de respecter les engagements de versement de dividendes pendant la période de crise de 2008-2009.

Caroline Keen : Nous sommes confiants dans la stabilité des dividendes au sein de la zone Asie-Pacifique, de nombreuses sociétés ayant maintenu leurs versements tout au long de la crise financière mondiale et de la crise asiatique. Depuis plus de dix ans, le taux de distribution moyen dans la région Asie-Pacifique hors Japon s’établit au minimum à 40 % (Source : MSCI, CLSA et Newton, 30 juin 2013)

Quelles économies sont de votre point de vue les plus prometteuses pour l’année à venir ?

Sophia Whitbread : Nous garderons un œil sur le Mexique. La dette privée mexicaine s’élève à 20 % du PIB et le pays affiche une insolente santé financière. Il n’existe aucune banque publique ce qui limite l’intervention de l’État dans le secteur financier. En outre, l’évolution démographique du pays est favorable et des réformes de grande ampleur ont été menées dans le domaine de l’emploi, de la fiscalité, de l’énergie et de l’éducation. Ces différents facteurs rendent le géant d’Amérique centrale particulièrement attrayant.

Caroline Keen : L’Australie demeure l’un de nos pays de prédilection, pas uniquement en raison de l’abondance des dividendes distribués par ce marché. Certes, les dépenses d’investissement dans les industries extractives marquent le pas, mais l’Australie ne se réduit pas aux matières premières ou aux valeurs financières. Le pays héberge un grand nombre de sociétés de renommée mondiale dans différents secteurs tels que la santé. Nous prévoyons une croissance raisonnable de l’économie, avec un taux de chômage relativement neutre. Les prix de l’immobilier ont déjà grimpé de 9 % après avoir touché leur point bas en mai 2012. Cet environnement devrait raviver la confiance et encourager la construction immobilière, ce qui compensera en partie le ralentissement de l’investissement dans le secteur minier.

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