Les avantages illusoires des politiques de relance

Iain Stewart, responsable de l’équipe Real Return chez Newton, analyse les raisons de la méfiance de l’équipe à l’égard des actifs qui ont bénéficié des mesures de relance des autorités. L’équipe reste concentrée sur les caractéristiques fondamentales des différentes positions dans le cadre d’une approche résolument diversifiée.

Les politiques initiées par les autorités pour tenter de raviver la croissance suite à la crise financière pourraient bien finir par empirer la situation. Nous craignons que, lorsque les avantages à court terme tirés de moindres coûts de financement seront épuisés, les marchés ne soient encore plus exposés à des événements imprévus.

Bien que les politiques de relance aient été fondées sur les meilleures intentions, elles risquent de fragiliser plus avant nos économies en les rendant plus vulnérables aux chocs. Compte tenu de ces inquiétudes, nous avons été peu enclins à nous exposer aux segments du marché que nous considérons comme particulièrement dépendants du soutien des autorités politiques.

Dans le cadre des politiques initiées, le fait d’injecter massivement des liquidités au sein des économies tend à fausser le système de compensation du risque. Cela se traduit par une réaffectation des ressources dans l’économie. En déployant des ressources financières toujours plus importantes pour anticiper la demande future, l’activité économique sera certes renforcée à court terme, mais la stratégie comporte également des risques déflationnistes.

L’abondance de financement bon marché permet, d’une part, à des entreprises « zombies » de continuer à survivre et, d’autre part, de développer de la capacité qui n’aurait pas atteint un niveau de rendement suffisant sans un tel soutien. Par exemple, le secteur aérien est de nouveau le sujet d’une concurrence accrue sur les prix, dans la mesure où la disponibilité de financement a encouragé une expansion rapide des flottes d’avion.

Les défis

Les politiques non conventionnelles ont également tendance à renforcer les problématiques sociales. En effet, l’inflation volontaire des prix des actifs a creusé les écarts de richesse et de revenus. Elle encourage les épargnants à privilégier la spéculation financière (qui n’est pas productive pour l’économie) au détriment de placements monétaires qui n’offrent actuellement aucun rendement.

À terme, les retombées concrètes de ces distorsions dépendront grandement des spécificités culturelles, notamment de la structure de l’économie locale et des acteurs qui bénéficieront le plus, ou seront le plus directement exposés, à cet afflux d’argent frais. L’injection d’argent bon marché dans les économies, à l’instar du Royaume-Uni et des États-Unis, risque de se traduire par une expansion du crédit au profit de la consommation ou de l’investissement d’actifs non productifs, tels que l’immobilier. Culturellement, cette tendance sera moins prononcée dans des pays comme l’Allemagne ou la France.

La Chine

Au niveau mondial, la faiblesse des coûts de financement a contribué à l’émergence d’une expansion gigantesque du crédit (probablement la plus importante de l’histoire) en Chine. Cette expansion a servi à financer des projets d’infrastructure et le développement des capacités de production. La persistance d’une surconsommation financée par la dette dans le monde développé et d’une surcapacité également financée par le crédit dans le monde émergent risque fort d’avoir un effet de plus en plus déflationniste.

Les valorisations élevées des actifs risqués, tels que les actions et le crédit high yield, devront nécessairement être suivies par une remontée des anticipations de croissance et de bénéfices pour se maintenir. Or, c’est l’inverse qui se produit actuellement. Les prévisions de croissance à long terme, à l’instar de celles publiées par le FMI, restent orientées à la baisse. Bien que les banques centrales anticipent prochainement une forte accélération de la croissance ou une reprise autosuffisante, les statistiques à court terme restent anémiques à travers le monde.

Les opportunités

L’apparent décalage entre la confiance des investisseurs dans le succès des politiques et leur conviction que les autorités continueront d’intervenir pour limiter les risques encourus par les acteurs de marché laisse présager d’une hausse de la volatilité. Cela ne signifie pas pour autant une absence d’opportunité d’investissement sur les marchés. Cependant, leur identification passera nécessairement par une approche plus sélective.

Les économies devraient continuer de décevoir sur le front des taux de croissance nominale. Dans un tel contexte, le soutien positif des dépenses de santé illustré par certains de nos thèmes d’investissement (notamment Healthy demand et Population dynamics) suggère que le secteur de la santé risque fort, tant au sein du monde développé qu’émergent, de continuer d’offrir des opportunités d’investissement attrayantes (Newton identifie des thématiques d’investissement globales qui reflètent, selon l’équipe, les principales tendances qui constituent les moteurs du changement et exercent une influence à long terme sur l’économie mondiale).

De la même manière, les bénéficiaires des dépenses en matière de technologie devraient relativement bien résister à la volatilité cyclique observée dans l’économie. Dans ce secteur, plusieurs acteurs devraient parvenir à tirer leur épingle du jeu à mesure que les entreprises adaptent leurs activités aux technologies que les consommateurs ont adoptées depuis un certain temps déjà. En outre, les consommateurs du monde émergent devraient amorcer une transition plus rapide que celle qui s’est opérée dans les pays développés et adopter directement l’e-commerce via des appareils mobiles de plus en plus abordables.

En revanche, de nombreuses entreprises associées au développement des infrastructures en Chine, telles que les entreprises minières ou les banques locales, semblent de prime abord attrayantes. Or, les difficultés structurelles induites par un boom prolongé de l’investissement et l’accumulation de dette qui en découle laissent à croire qu’il pourrait bien s’agir d’un mirage.

Une exposition au secteur des infrastructures via des fonds externes spécialisés peut, par exemple, être source de performances décorrélées. Ces investissements peuvent générer des flux de revenus robustes tirés des projets de partenariat public-privé vers lesquels ils sont généralement dirigés.

Les marchés s’éloignent de leurs fondamentaux à mesure que la dette augmente
Indice MSCI avec et sans l’impact de la revalorisation des multiples de PER

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