Le monde développé portera la reprise de la croissance mondiale en 2014 (Archived)

Le monde développé portera la reprise de la croissance mondiale en 2014

La poursuite de la reprise

Aux États-Unis, M. Hoey anticipe un scénario de type « 3/3 », c’est-à-dire une croissance du PIB d’environ 3% sur les trois prochaines années. En effet, les États-Unis s’apprêtent selon lui à entamer la seconde moitié d’un cycle de 7 ans d’expansion économique. Il s’attend à ce que la politique monétaire de la Réserve fédérale, sous la présidence de Janet Yellen, soit « très accommodante » et facilite ce cycle expansionniste, dans la mesure où l’inflation reste en-deçà du niveau cible de la Fed et le pays est loin d’avoir renoué avec le plein emploi. Il précise notamment que « les premières années du cycle ayant été si atones, les pressions inflationnistes n’ont pas pu se matérialiser ». Selon lui, l’ère « Yellenomics » sera marquée aux États-Unis par une politique monétaire stimulante au moins jusqu’aux prochaines élections présidentielles prévues en 2016. Un resserrement significatif ne devrait pas être amorcé avant 2017 ou 2018. Il estime que toute nouvelle dispute budgétaire se soldera davantage par un statut quo que par une nouvelle crise majeure, à l’image du récent shutdown.

En ce qui concerne le reste du monde développé, M. Hoey anticipe également une amélioration sur le front de la croissance en 2014. Au Royaume-Uni, la période de stagnation a ouvert la voie à une reprise plus durable. Mi-novembre, la Banque d’Angleterre (BoE), sous la direction de son nouveau gouverneur Mark Carney, a déclaré que le taux de chômage pourrait baisser plus rapidement que prévu, avec une forte probabilité (50%) que ce taux revienne à 7% d’ici fin 2014, et non plus à la fin du premier semestre 2016 comme initialement anticipé1. Dans le cadre de ses prévisions, la BoE a précisé qu’elle envisagerait de relever ses taux d’intérêt lorsque le taux de chômage aurait atteint ce seuil de 7%.

Bien que Richard Hoey n’anticipe pas de dislocation de la zone euro, il considère que la politique monétaire actuelle, certes harmonisée mais inadaptée à des pays aux profils aussi variés, contribuera à soutenir une croissance économique atone. À cet égard, et malgré la baisse surprise des taux par la BCE en novembre 2013, il anticipe une croissance peu soutenue de 1% à 1,5% en 2014. En ce qui concerne le Japon, l’expansion économique actuellement stimulée par la politique Abenomics axée autour de « trois flèches » devrait se poursuivre à un rythme modéré, après une phase de volatilité accrue en prévision de la hausse de la TVA prévue pour avril 2014.

En 2014, le contexte sera plus difficile et contrasté pour les pays émergents. En effet, ces économies sont loin de présenter un profil homogène (en termes de balance courante, de taux d’intérêt ou de croissance du crédit). En outre, de nombreux commentateurs s’interrogent sur la viabilité des politiques économiques de certains de ces pays à moyen terme. Selon lui, les pays qui présentent une balance courante très déficitaire devraient rester très exposés aux revirements du sentiment de marché. Cependant, il pense que le tapering de la politique de QE de la Fed pour 2014, ne devrait pas avoir un impact aussi sévère sur les marchés émergents qu’en 2013, dans la mesure où l’écart entre les rendements actuels des bons du Trésor (maintenus à des niveaux artificiellement bas) et les niveaux de marché libre s’est déjà réduit.

Bonne nouvelle pour les marchés

D’après Jack Malvey, Responsable Monde de la stratégie de marché de BNY Mellon, ce contexte macroéconomique est de bon augure pour les marchés financiers à travers le monde, et plus particulièrement pour les actifs risqués. Bien qu’il reconnaisse qu’une croissance positive du PIB ne se traduit pas nécessairement par une surperformance des marchés, il estime que plusieurs facteurs devraient contribuer à la progression des actions internationales en 2014.

M. Malvey anticipe une poursuite du rebond des actions américaines au cours de l’année 2014, soutenu par la hausse des bénéfices des entreprises. Cependant, il souligne que ce rebond sera moins vif que celui observé en 2013. Selon lui, « certaines entreprises seront moins performantes que d’autres, mais dans l’ensemble, le marché reste haussier ». En complément de l’impact des bénéfices, il souligne le fait que les hausses de dividendes ont atteint des niveaux records et les activités de fusion et acquisition semblent reparties. Les rachats d’actions restent également une dominante des marchés. De plus, l’année 2014 sera probablement rude sur les marchés obligataires, dans la mesure où le retrait progressif de la politique de QE pourrait se traduire par de légères hausses des taux. Selon lui, ces différents facteurs pourraient inciter les investisseurs à privilégier les actions.

« La volatilité de l’appétit des investisseurs pour le risque s’est calmée et l’environnement semble clairement orienté en faveur des actifs risqués ». Rappelant l’impressionnante progression des valeurs du secteur de la technologie durant l’année 2013, M. Malvey estime qu’il est parfaitement compréhensible que certains s’interrogent sur le possible retour de la bulle tech de la fin des années 1990. Cependant, il est d’avis que le rebond de ces valeurs sera durable et devrait se poursuivre encore quelques années. « On ne peut exclure l’émergence d’une bulle à un moment ou à un autre, mais je ne crois pas que ce soit encore le cas. Nous assistons davantage, selon moi, à un phénomène de transition vieille économie-nouvelle économie. Cette évolution est visible dans l’engouement des investisseurs pour les segments des médias sociaux et la gestion des données, ainsi que pour les nouveaux outils de travail qui émergent dans le monde de l’entreprise. »

M. Malvey pense que la « Grande Rotation » des investisseurs hors des obligations au profit des marchés d’actions devrait se poursuivre en 2014. Si les investisseurs institutionnels ont déjà entamé ce processus depuis plusieurs années, les investisseurs privés (et plus particulièrement en Europe) sont loin de s’être repositionnés en masse. Selon M. Malvey, les investisseurs européens n’ont pas été aussi optimistes que leurs homologues américains, en raison des retombées durables de la crise financière et de la récession plus longue qu’ils ont connu dans la région. Mais, vers 2015, les investisseurs européens devraient être plus nombreux à revenir sur les actions.

Un regain d’engouement pour les marchés émergents

En 2014, un thème majeur pour M. Malvey devrait être le regain d’engouement des investisseurs pour les actions et la dette émergente, après une année 2013 plutôt décevante. « Le découplage entre la dette émergente et le segment high yield aura été un fait marquant de l’année 2013, dans la mesure où nous n’avions pas assisté à un tel phénomène depuis longtemps. En 2014, je pense que la dette émergente pourrait rivaliser avec, voire supplanter, les obligations d’entreprises. Cependant, il souligne l’importance d’analyser attentivement et au cas par cas les opportunités sur les marchés émergents.

D’après Jack Malvey, « les marchés mondiaux du crédit, tant high yield qu’investment grade, continuent de bénéficier d’un vif rebond. Nous assistons à des niveaux records d’origination, les responsables financiers réalisant que le moment est idéal pour financer leurs opérations et profiter de la faiblesse des spreads et des taux pour réduire leurs besoins de refinancement à moyen terme. »

M. Malvey rejoint M. Hoey dans sa conviction que le processus de tapering pour 2014 ne devrait pas pénaliser les marchés à moyen/long terme. Cependant, il s’attend à des turbulences, marquées par des ajustements des valorisations sur les marchés durant 1 à 4 semaines. « Dans l’ensemble, la réduction par la Fed de ses achats mensuels d’obligations n’a que peu d’importance compte tenu de la profondeur du marché. Si l’offre globale ressort au moins à 383 000 milliards USD, sur le plan statistique, le fait que la Fed réduise sur un mois en 2014 ses achats de 10 mds USD, 20 mds USD, voire même de 40 mds USD, reste relativement insignifiant. » Même si le tapering déclenchait une remontée des taux d’intérêt (par exemple de 2,70% à 2,95% sur les bons du Trésor à 10 ans), « les niveaux resteraient extrêmement faibles. »

La Chine demeure un point d’interrogation, selon M. Malvey. Il partage l’avis d’autres commentateurs sur le fait que la croissance du PIB chinois devrait ralentir de plus de 7% à environ 6,5% au cours des 4 à 5 prochaines années. Il persiste selon lui encore beaucoup d’incertitudes sur la manière dont la deuxième économie mondiale parviendra à gérer sa transition vers un nouveau modèle de croissance.

Les risques à l’horizon

Concernant les autres sources de risques baissiers en 2014, M. Malvey considère qu’ils doivent être abordés davantage comme une possibilité qu’une probabilité. « Il existe le risque d’un retour naturel vers la moyenne induite par l’ampleur de la progression des actifs risqués au cours des dernières années. » En outre, on ne peut exclure des événements géopolitiques imprévus, mais « la période actuelle semble relativement calme par rapport au 10 ou 15 dernières années. » Le centenaire de la Première Guerre Mondiale en août prochain permettra, toutefois, de rappeler au monde l’impact que les environnements imprévisibles peuvent avoir sur le cours de l’histoire. Par ailleurs, on ne peut exclure que le trading de haute fréquence puisse, en cas d’erreur, déclencher des périodes d’instabilité sur les marchés.

Au-delà des influences à court terme de certains facteurs en 2014, M. Malvey entrevoit une importante transition séculaire dont la nature ne peut être encore définie mais dont l’influence se fait déjà sentir. Il s’agit notamment de l’impact des réformes réglementaires à venir, de la convergence économique entre le monde développé et les pays émergents, de la normalisation des politiques monétaires à travers le monde, de la nouvelle vague d’innovations technologiques dans des domaines tels que les sciences de la vie et la gestion de données, des évolutions démographiques et des négociations intergénérationnelles (incluant le financement de retraites plus longues), ainsi que de l’émergence de nouveaux instruments et opportunités d’investissement dans ce contexte évolutif.

« Très clairement, nous sommes à un tournant très excitant de l’histoire », précise M. Malvey. « Des risques persistent, mais pour le moment, les marchés ont plutôt bien réagi à l’entrée du système financier mondial dans le 21ème siècle. »

1. Chris Giles and Claire Jones, “Bank of England Accelerates Job Forecast,” Financial Times, Novembre 13, 2013.

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