La bulle « fourre-tout » (Archivé)

Les banques centrales voudraient faire croire aux investisseurs qu’elles peuvent mettre fin au stimulus monétaire et normaliser les taux d’intérêt en 2018 sans retombées négatives. Selon Nick Clay, de Newton*, cette vision semble quelque peu naïve.

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Force est de constater que la façon dont les consommateurs des pays développés détiennent (ou plutôt ne détiennent pas) toute une série de biens et d’actifs a fortement évolué ces 10 dernières années. De la chute des taux de propriété immobilière et de possession d’automobiles au streaming du dernier coffret vidéo à la mode, nos habitudes d’achats ont connu un changement en profondeur.

Pour la génération Y notamment, qui inclut la tranche des 18-35 ans, la location est en train de devenir la nouvelle norme. Si le permis de conduire était autrefois un rite de passage incontournable, des études internationales montrent que le nombre de permis délivrés aux jeunes est en recul, les services partagés comme Uber et Lyft prenant le pas sur la possession d’une voiture en nom propre.1

Posséder sa propre maison tend également à se démoder pour une génération de plus en plus tournée vers la location. Au Royaume-Uni, le taux de propriété parmi les 25-29 ans est passé de 55% en 1996 à 29% en 2015.2

Inflation du prix des actifs

Que nous apprend cette tendance à la location sur le monde actuel ? Elle n’indique pas, comme certains l’ont suggéré, la fin prochaine de la propriété. En matière d’achats importants, les jeunes consommateurs ne se distinguent pas tellement de la génération de leurs parents. La génération Y souhaite toujours, pour la majorité, acquérir une maison et une voiture, mais ces objectifs sont devenus inaccessibles pour des pans entiers de la population.

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Cette situation ne s’explique pas par un changement dans les comportements, mais plutôt par la réponse de la banque centrale à la crise financière mondiale. L’effet de distorsion des mesures de QE a poussé les prix de l’ensemble des actifs à la hausse : les actions, mais aussi les obligations, l’immobilier, l’art, les voitures, le vin… presque rien n’y échappe.

En 2000, nous avons eu la bulle internet. En 2007, la bulle immobilière. Aujourd’hui, nous avons une bulle généralisée ou « fourre-tout » qui fausse notre économie, et notamment la capacité des consommateurs à acheter et à détenir des actifs.

Depuis la crise financière mondiale, les prix des actifs ont progressé significativement tandis que le rebond des revenus se fait toujours attendre, alors même que les États-Unis et le Royaume-Uni sont apparemment en « plein-emploi ». Dans les années 1980, la croissance des salaires concernait surtout la tranche des revenus les plus faibles. De nos jours, ce segment de la population continue de voir ses revenus s’éroder tandis que les 1% les plus riches, qui détiennent la plupart des actifs, restent gagnants. Cette inégalité a contribué au vote en faveur du Brexit, à l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, à la tentative d’indépendance en Catalogne, autrement dit à la révolte populiste contre les élites en place.

Dette en souffrance

La thèse dominante parmi les banques centrales suppose que le QE et les autres mesures de relance constituaient la seule réaction possible à la crise financière mondiale. La reprise étant désormais sur les rails (même si elle s’avère historiquement atone), les taux d’intérêt peuvent être normalisés et les programmes d’achats d’actifs retirés.

 Ce qui cloche dans ce beau tableau, c’est la dette. Parallèlement à la progression des marchés d’actifs, à la stagnation des revenus et à la hausse des valorisations, les consommateurs, les entreprises et les gouvernements sont devenus de plus en plus dépendants de l’endettement, sans tenir compte des conséquences à long terme.

Une légère hausse des taux d’intérêt suffirait pour que certains éprouvent des difficultés à régler leurs mensualités. C’est déjà le cas, comme le montrent les taux de prêts en souffrance dans le financement automobile : environ 8 millions d’Américains font face à des retards de paiement de leur prêt automobile d’au moins 90 jours, selon les données de la Fed.3

Au Royaume-Uni, les régulateurs sont également préoccupés depuis que la faiblesse des taux d’intérêt et l’allègement des conditions de prêts ont entraîné un boom des crédits automobiles sous la forme de « personal contract plans » (PCP, un type de location-vente).4 Près de 9 acheteurs britanniques de véhicules sur 10 ont maintenant recours aux PCP pour financer leurs habitudes de conduite.5

Des hypothèses naïves

La crise imminente du financement automobile fait partie d’un malaise plus vaste. Alors que les discours sur la normalisation des taux d’intérêt s’intensifient, la dette liée aux cartes de crédit, qui a également flambé dans le sillage de la crise financière mondiale, suscite des inquiétudes.6

Au-delà de ces questions, nous pensons que ces niveaux élevés d’endettement pourraient bientôt poser de réels problèmes. Les banquiers centraux tels que Janet Yellen (Fed) ou Mario Draghi (BCE) prétendent que les mesures de relance peuvent être abandonnées sans aucune conséquence. L’idée selon laquelle la normalisation est en route et la dépendance aux banques centrales peut disparaître sans répercussions majeures est selon nous extrêmement naïve.

Actuellement, les grandes économies sont particulièrement sensibles au coût de la dette, aux taux d’intérêt et aux valorisations des actifs. Ce monde tributaire du crédit, que les banquiers centraux ont contribué à créer, repose sur des prix des actifs élevés. En cas de turbulence sur les marchés ou de ralentissement de la croissance économique, ces mêmes acteurs prendraient exactement les mêmes mesures : ils recourraient à la relance et augmenteraient la masse monétaire. Leur tentative de contrôler le système l’a rendu plus fragile, pas plus sûr, et la montagne de dette dépasse désormais celle de 2007.

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La situation actuelle ne serait pas si inquiétante si nous étions au début d’une reprise économique et si l’emploi était en train de rebondir avec une inflation salariale en hausse. Toutefois, la reprise aux États-Unis est déjà la troisième plus longue de l’histoire. Nous sommes à la fin de ce cycle, et non au début. C’est la raison pour laquelle nous estimons que les perspectives pour l’année prochaine et au-delà ne laissent guère entrevoir de niveaux de taux d’intérêt normaux, de pentification des courbes de taux et d’accélération économique. Au contraire, elles indiquent le maintien de taux d’intérêt très bas, de rendements sous pression et d’une croissance économique décevante.

Opportunités de revenus

Jusqu’à présent, les marchés ont fait preuve d’une remarquable capacité à ignorer ces questions. Ce constat suggère que les investisseurs sont fortement convaincus que les banquiers centraux les renfloueront toujours. Il en résulte des niveaux de marché et de risque assez élevés (même si toutes les mesures du risque effectuées au sein des marchés prétendent que le risque est quasi-nul).

Dans ce contexte, les stratégies ciblées sur les revenus (avec des dividendes susceptibles d’être réinvestis pour générer un effet de capitalisation) peuvent s’avérer attrayantes. Il est ainsi possible de capturer les opportunités et non de subir les risques associés aux vagues futures de volatilité de marché, en investissant dans des entreprises qui versent des dividendes réguliers et disposent de liquidités nettes importantes.

À suivre

  • La « bulle fourre-tout » continue de doper les valorisations des actifs
  • Les taux d’endettement et de défaut restent orientés à la hausse
  • Le marché anticipe une relance du QE par les banques centrales en cas de ralentissement économique.

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1. The Atlantic: ‘The Decline of the Driver's License’ (Le déclin du permis de conduire), 22 janvier 2016; Radio New Zealand News: ‘Fewer young people learning to drive’ (Moins de jeunes apprennent à conduire), 31 octobre 2016.
2. Office for National Statistics: ‘ ‘Five facts about… housing’ (Cinq réalités du… logement), 17 août 2016.
3. Réserve fédérale de New York : ‘Quarterly Report on Household Debt and Credit’ (Rapport trimestriel sur la dette et le crédit des ménages), août 2017. Remarque : 3,9% des prêts automobiles subissaient des retards de paiement supérieurs à 90 jours au 30 juin.
4. FCA: ‘Our work on motor finance’ (Notre travail sur le financement automobile), 31 juillet 2017.
5. The Finance and Leasing Association, 6 octobre 2017.
6. Financial Times: Why is consumer debt hitting the headlines?’ (Pourquoi la dette des consommateurs fait les gros titres), 31 mai 2017.

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