L’amélioration du marché de l'emploi américain enflammera-t-elle l'inflation et les taux d'intérêt ? (Archiv )

L’amélioration du marché de l'emploi américain enflammera-t-elle l'inflation et les taux d'intérêt ?

Cet avis est partagé par Jack Malvey, chef stratégiste des marchés mondiaux chez BNY Mellon. Toutefois,  « il reste certainement des réserves de main d’œuvre inutilisées sur le marché du travail, si l'on considère le chiffre toujours élevé des personnes structurellement sans emploi. C'est une reprise anémique, tributaire d'une part du manque d’appétit pour le risque et le développement dans le monde de l'entreprise aux États-Unis et, d'autre part, des mesures de réduction des dépenses publiques prises par les gouvernements locaux, fédéraux et d'État. Les entreprises du monde développé sont toujours en phase de réduction des coûts, qui se traduit concrètement soit par un blocage des embauches, soit par des suppressions d'emplois pures et simples. » Reprise fragile ou pas, Jack Malvey prévoit que la croissance fera doucement retomber le taux de chômage sous la barre des 6 % au premier trimestre 2015 et, selon lui, ce niveau modeste de croissance de l'emploi exercera une pression non moins modeste sur les salaires et l'inflation sous-jacente.

Richard Hoey estime que la main d'œuvre disponible réelle aux États-Unis « pourrait être plus faible qu'elle n'y paraît, et ce pour plusieurs raisons : le chômage de courte durée a reculé plus rapidement que le chômage total, la morosité du marché du travail ces dernières années a progressivement découragé les demandeurs d’emploi les plus âgés et, enfin, le taux effectif marginal d'imposition appliqué aux revenus des salaires et autres rémunérations a augmenté. »

La part de revenus internes aux États-Unis redistribuée aux salariés a touché un point bas de plusieurs décennies et, en conséquence, Richard Hoey pense qu’une hausse des salaires serait favorablement accueillie tant par l’administration Obama que par l’opinion publique. « Nous prévoyons que cette tendance à l'accélération progressive de l'inflation salariale sera d'abord vu d’un œil favorable puis tolérée par la Réserve fédérale », ajoute-t-il. D’après Richard Hoey, « une hausse progressive et bien tolérée des salaires aux États-Unis serait conforme à notre conviction selon laquelle le pays aurait atteint un point d’inflexion après une période de croissance atone, laissant présager d’une expansion plus soutenue au cours des prochaines années. »

Jack Malvey évoque plusieurs raisons supplémentaires qui laissent supposer que ce mouvement haussier sera certainement progressif. Parmi elles, il cite l'entrée permanente de travailleurs en provenance de pays émergents sur le marché du travail, les gains de productivité et les changements structurels au sein de l'économie mondiale qui ont limité davantage l'inflation qu’anticipé compte tenu des mesures exceptionnelles de relance monétaire adoptées ces six dernières années. « L'inflation sera engendrée plus probablement par des événements géopolitiques, des chocs énergétiques ou climatiques que par des tensions sur le marché du travail », souligne-t-il. « Comme nous avons pu le constater en Russie , en Ukraine et maintenant en Irak, les perturbations affectant les chaînes d'approvisionnement énergétiques constituent une menace bien réelle. Je considère plutôt le marché du travail comme un indicateur retardé, ce que confirment historiquement les cycles économiques. Le taux d'emploi est en principe au plus haut lorsque la phase d'expansion du cycle économique atteint son sommet, mesuré en termes de croissance du PIB et de la productivité. »

Si la lente contraction du marché du travail américain ne provoquera probablement qu'une légère pression inflationniste à court ou moyen terme, Jack Malvey redoute une aggravation de l'inflation sur fond d'accélération de la croissance économique mondiale, qui pourrait passer la barre des 4 % en 2016/2017. « Selon moi, d’ici 2018, 2019 ou 2020, il est fort probable que la politique monétaire actuelle provoque un sursaut d'inflation. » C'est pourquoi les autorités monétaires doivent faire preuve d'autant de discernement que possible pour normaliser leur politique. Attendre pourrait les exposer à une explosion des anticipations inflationnistes.

Ces décideurs seront, de toute évidence, plus enclins à s'accommoder d'un certain niveau d'inflation sans chercher à tout prix à la contenir. Pour Richard Hoey : « La Fed indique qu'aujourd'hui, elle entend fixer un objectif de taux réel des Fed Funds (le taux des Fed Funds réduit de l’inflation) bien en-deçà de la moyenne dès que l'économie américaine aura atteint le plein emploi. Nous pensons qu'elle persistera dans cette direction. Cette orientation devrait vraisemblablement provoquer un mouvement haussier, certes très progressif, mais régulier, de l'inflation dans les prochaines années. »

En dépit des prévisions relativement favorables à court et moyen termes, Jack Malvey recommande aux investisseurs, en particulier à ceux qui détiennent des positions défensives, de ne pas négliger le risque stratégique lié à l'inflation et à d'éventuelles erreurs de politique monétaire. « J'espère que le processus de normalisation de la politique monétaire se déroulera harmonieusement », dit-il. « Cependant, dans la mesure où nous vivons actuellement un cycle monétaire sans précédent, il est difficile d’anticiper avec précision la nature du processus de normalisation qui se profile. Nous pourrions connaître des pics de volatilité intermittents sur les principaux facteurs de marché pendant toute la durée de ce processus, qui risque fort d’être assez long. »

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